
Avec le décès de Papa, la vie ordinaire est suspendue. Nous campons dans deux maisons, en vivant au jour le jour. Pas très pratique pour trier ou retoucher les photos. Maman est souvent chez mon deuxième frère, et nous occupons la maison pour garder les chats. Nous évacuons le décès en nettoyant et en réparant un peu la maison de Papa. Nous redécouvrons aussi la région de mon enfance.
J’accumule les clichés avant de pouvoir m’installer pour trier. Il faut avoir la tête à ça. Le rendu des couleurs sur l’écran de nos portables est médiocre, il faut faire suivre un écran professionnel, il manque toujours un câble, une connexion. Je fais avec.
C’est quand même une période qui nous rapproche avec mon amour. Outre le partage du deuil, des préoccupations matérielles, du ménage et des réparations dans la maison, nous partageons les sorties, les rencontres et les photos. Nous faisons la photo du jour ensemble, il me signale même des choses intéressantes à observer. Le soir, nous regardons le dossier du jour, faisant parfois la sélection ensemble. Ça lui a fait du bien aussi, je crois, au moins au début.
Nous reprendrons un peu d’indépendance au fur et à mesure des semaines qui passent. Je lui montrerai moins systématiquement les photos, j’écrirai plus et parlerai moins – ce qui ne sera pas pour lui déplaire, je pense l’avoir saoulé avec mes préoccupations artistiques – nous glisserons à nouveau vers notre vie ordinaire sans qu’il soit jamais très loin de ma photo du jour.
L’air de rien, il y a toute notre vie dans ces photos.